N. 162. – Le patriarche et un évêque disputèrent contre Raspop, et, au second syllogisme, on se jeta des pierres au visage. Le concile finit par couper le cou à Raspop et à quelques-uns de ses fidèles disciples, qui furent exécutés sur les seuls ordres des trois souverains, Sophie, Ivan et Pierre (438).
REM. II p. 104, l. 21. Il n’y eut que le seul Nikita Rospop qui fut décapité. Quelques-uns de ses principaux adhérans subirent la peine du knout et furent exilés. (REM. I. et MÜLLER: même texte.)
SUPP. p. 104, l. 19. au second syllogisme on se jetta des pierres au visage. On voit bien que Mr. de Voltaire a voulu plaisanter sur ce concile. On ne disputa pas par syllogismes, et on ne s’est pas jetté des pierres au visage. Voilà comme le fait est raconté dans le livre «Цвет духовной». Après la mort du zar Fedor Alexeewitsch les roskolniks tumultuoient à Moscou ayant à leur tête le dit Nikita. Ils prétendoient que le patriarche devoit disputer avec eux dans le marché devant le Kreml. On se douta que leur intention n’étoit que de lapider jusqu’à la mort tout le clergé russien. Le patriarche et plusieurs évêques se trouvoient dans l’église cathédrale, d’où ils envoyèrent un protopop avec une exhortation pastorale écrite par eux pour les calmer. Ce protopop, ayant commencé à lire son exortation, manqua d’être massacré. Sur cela les deux zars (ou plustôt la princesse Sophie) ordonnèrent que tout le clergé s’assembla au palais dans la grande chambre appellée Granowita Palata. Et on fit dire aux roskolniks d’y venir. Les deux zars présidoient à cette assemblée. La zarine Natalia Kirilowna, mère du zar Pierre, la princesse Tatiana Michailowna, tante des deux zars, et les princesses Sophie et Marie, leurs sœurs, y assistoient. Le clergé consistoit du patriarche, de 9 métropolites, de 5 archevêques, de 2 évêques, et de plusieurs archimandrites, prieurs et autres écclésiastiques. Toute la noblesse, tant gens de la Cour, que de la Robe, et les chefs de l’armée, s’y trouvoient également, et outre cela il y avoit des députés des régiments, en garnison à Moscou, pour pourvoir à la sécurité publique. Les roskolniks entrèrent en procession, portant devant eux des images des saints et tenant des bougies allumées dans leurs mains. Ils présentèrent aux zars une requête remplie de mensonges, et sans aucune signature. Elle est insérée dans le dit livre. Lorsqu’on la lut, Nikita insulta le patriarche par des moqueries injurieuses. L’archevêque Athanase de Colmogori réprimanda Nikita de son manque de respêt pour une personne si respectable, ce qui échauffa tellement le dernier, qu’il pensa se venger sur l’archevêque par des coups de bâtons. Les députés des régiments se mirent entre deux, et retinrent le furieux. Après le patriarche prononça un sermon pour réfuter les erreurs des roskolniks, ce que ceux-ci ne voulurent entendre et commencèrent un si grand tumulte, que les zars se levoient pour se retirer. Le patriarche les pria de rester encore un moment. On recommença à lire la requête, et avant que de la finit il devint tard, tellement qu’on ne put prendre aucune resolution. Les roskolniks s’étant retirés de l’assemblée les premiers, crioient sur les rues de toute leur force d’avoir vaincu le clergé; et prêchoient pendant quelques jours leurs erreurs publiquement au peuple. A la fin la Cour envoya des troupes pour prévenir que le mal ne devint plus grand. On se saisit de Nikita, et de quelques autres principaux du tumulte. Le premier fut décapité, et les autres furent mis entre les mains du patriarche, qui les confia à la surveillance des évêques. C’est ce qui a été publié alors par authorité patriarchale. Matfeow ajoute que les roskolniks allant au concile avoient chargé leurs poches de pierres, mais il ne dit pas, qu’ils en ont fait usage.