Светлый фон

N. 302. – Il n’est ni vraisemblable ni vrai que la Porte-Ottomane ait fait la guerre au czar vers les Palus-Méotides parce qu’un vaisseau suédois avait pris sur la mer Baltique une barque dans laquelle on avait trouvé une lettre d’un ministre qu’on n’a jamais nommé. Nordberg a écrit que cette lettre contenait un plan de la conquête de l’empire turc; que la lettre fut portée à Charles XII, en Turquie; que Charles l’envoya au divan, et que, sur cette lettre, la guerre fut déclarée. Cette fable porte assez avec elle son caractère de fable. Le kan des Tartares, plus inquiet encore que le divan de Constantinople du voisinage d’Azof, fut celui qui, par ses instances, obtint qu’on entrerait en campagne (517),

SEC. ibid. lettre d’un ministre. C’est un fort ample mémoire dont Nordberg prétend qu’il a été présenté à Moscou par un ministre étranger. Dans une re-marque ajoutée à cet endroit de son livre on lit que ce n’étoit pas sans raison que le roi brusquoit les Turcs puisqu’il leur avoit fait voir par des lettres et projets interceptés, tout ce qu’ils devoient craindre pour l’avenir de la part du Tsar, ce qui ayant donné de l’épouvante aux Turcs les avoit déterminé à commencer cette guerre. Si Mr. de Voltaire croit devoir relever l’absurdité de ce conte, il ne seroit pas hors de propos d’en nommer l’auteur.

Il est à croire que le manuscrit de Voltaire ait été quelque peu modifié d’après les indications reçues.

N. 303. – Ce que rapporte Nordberg sur les prétensions du Grand Seigneur n’est ni moins faux ni moins puéril: il dit que le sultan Achmet envoya au czar les conditions auxquelles il accorderait la paix avant d’avoir commencé la guerre. Ces conditions étaient, selon le confesseur de Charles XII, de renoncer à son alliance avec le roi Auguste, de rétablir Stanislas, de rendre la Livonie à Charles… de démolir Pétersbourg. Cette pièce fut forgée par un nommé Brazey, auteur famélique d’une feuille intitulée Mémoires satiriques, historiques et amusants. Nordberg puisa dans cette source. Il parait que ce confesseur n’était pas le confident de Charles XII (517).

SEC. ibid. Prétensions du Grand Seigneur. Nordberg en parle sur le rapport de Brasey auteur des Mémoires satiriques, politiques et amusants qui dit que le Baron Lövenwolde, plénipotentiaire de Pierre I en Livonie, les lui avoit confiés dans ses quarts d’heures de plaisir qu’ils avoient passé ensemble. Tout cela est faux, comme plusieurs autres choses que Brasey débite sur la Russie.

Il y a lieu de croire que ces observations ne soient pas restées pour Voltaire lettre morte.