Светлый фон

Le matériel fourni par le Mémoire de Fockerodt ne pouvait naturellement pas suffire pour écrire un livre: Voltaire s’adressa à A. Kantemir, ambassadeur de Russie à Paris (1739) pour lui demander des renseignements complémentaires, mais cette démarche n’eut pas de suites, à ce qu’il paraît. En 1745 Voltaire eut l’occasion d’entreprendre des pourparlers directs avec le gouvernement de St. Pétersbourg: il envoya un exemplaire de son «Henriade» à l’impératrice Elisabeth, exprima le désir d’être accepté parmi les membres de l’Académie des Sciences de Russie et demanda qu’on mît à sa disposition le matériel historique sur Pierre le Grand à servir pour une prochaine révision de son livre sur Charles XII. La «Henriade» eut un accueil bienveillant, l’Académie inscrivit le nom de Voltaire dans les listes de ses membres, mais le matériel historique demandé ne fut pas expédié. Le chancellier Bestoujev-Riumin trouvait que la Russie ne fût nullement intéressée à ce que Voltaire refît son livre, ancien déjà, sur le fameux émule du grand tsar; il affirmait que le règne de Pierre méritât une étude particulière tout à fait indépendante et que les documents dont disposait le gouvernement russe dussent servir à glorifier la personnalité du tsar réformateur au lieu de concourir, comme l’aurait voulu Voltaire, à exalter un ennemi récent et dangereux de l’empire de Russie.

Plusieurs années s’écoulèrent encore et ce ne fut que sous Jean Šuvalov, le favori tout-puissant d’Élisabeth, que Voltaire arriva à ses fins: au début de 1757 il fut invité officiellement à écrire son «Histoire» et ne tarda pas à accepter. L’idée d’une révision de l’«Histoire de Charles XII» fut abandonnée: on décida qu’il entreprendrait un nouveau travail ayant pour sujet la vie et l’œuvre de Pierre.

Chapitre II

Chapitre II

Se sentant flatté par les offres qui lui venaient de St. Pétersbourg, Voltaire ne manqua pas d’en faire parade auprès de ses amis et connaissances. D’après ses dires, on l’aurait invité à se rendre à Pétersbourg pour y écrire son histoire, mais il aurait décliné la proposition. De ce fait, les matériaux historiques lui seront remis directement, vu que son âge ne lui permet pas de les aller quérir si loin. A quoi bon aller geler à Pétersbourg du moment qu’aux Délices on a de si magnifiques tulipes qui fleurissent au mois de février et quand on y dispose de tout ce que l’on peut désirer, en se laissant vivre dans un milieu distingué, se sentant en rapport constant avec des gens intelligents et cultivés. On y représente «Zaïre»: le personnage de Lusignan est joué par l’auteur lui-même; après le spectacle on soupe en joyeuse compagnie, la cuisine de Voltaire étant d’ailleurs excellente. Il en a assez de la vie à la cour, tandis que dans son domaine il est libre de disposer de son temps comme bon lui semble et peut s’écrier avec Horace: «Beatus ille qui procul negotiis».