Светлый фон

N. 351. – Le journal manuscrit [note de Voltaire: «page 177 du Journal de Pierre le Grand».] de Pierre le Grand dit que, le jour même du grand combat du 20 juillet, il y avait 31.554 hommes d’infanterie, et 6.692 de cavalerie, presque tous démontés; il aurait donc perdu 16.246 combattants dans cette bataille. Les autres Mémoires assurent que la perte des Turcs fut beaucoup plus considérable que la sienne (526).

SEC. p. 15. le Journal manuscrit de Pierre le Grand. Ajoutés: dit au contraire que le jour même etc. Il est constant que pendant cette affaire sur le Pruth il ne peut guère au delà de deux mille hommes par le feu ou le fer de l’ennemi. Le nombre des égarés et prisonniers faits en différentes occasions, peut monter tout au plus à mille hommes. Ainsi pour concilier ces deux différents calculs, il faut supposer ou que dans la déclaration on se soit [?] très peu soucié de faire un calcul exact, ce qui est très vraissemblable ou qu’on ait… sur le nombre de 38.000 hommes dont suivant le Journal de Pierre le Grand l’armée étoit composée, tous les malades ceux qui moururent de faim, de soif et de fatigue pendant ces derniers jours et dans le retour jusqu’au Dniester ainsi que quelques milliers de recrues qu’il n’avoient pas encor été incorporés dans les régiments et que peut-être on n’a pas voulu mettre en ligne de compte comme de vieux soldats et des véritables combattans.

N’ayant pas sous les yeux le texte manuscrit il est difficile de dire jusqu’à quel point ces observations aient influencé la dernière rédaction qui fut imprimée, et même s’il soit le cas d’en parler. Les contradictions entre les données du Journal (38.246 hommes auraient pris part à la bataille; le nombre des tués, blessés, prisonniers et disparus serait monté à 2.872) et celles du manifeste de 1723 (après la bataille l’armée aurait perdu un total de 22.000 hommes) restèrent une énigme que ni Pétersbourg ni Voltaire ne purent tirer au clair. Celui-ci tourna la question en disant:

Il faut, ou soupçonner Pierre le Grand de s’être trompé, lorsqu’en couronnant l’impératrice il lui témoigne sa reconnaissance «d’avoir sauvé son armée, réduite à 22 mille combattants»; ou accuser de faux son journal, dans lequel il est dit que, le jour de cette bataille, son armée du Pruth, indépendamment du corps qui campait sur le Sireth, «montait à 31.554 hommes d’infanterie, et à 6.692 de cavalerie». Suivant ce calcul, la bataille aurait été plus terrible que tous les historiens et tous les Mémoires pour et contre ne l’ont rapporté jusqu’ici. Il y a certainement ici quelque malentendu; et cela est très-ordinaire dans les récits de campagnes, lorsqu’on entre dans les détails. Le plus sûr est de s’en tenir toujours à l’événement principal, à la victoire et à la défaite: on sait rarement avec précision ce que l’une et l’autre ont coûté (526–527).