Светлый фон

SUPP. p. 129, l. 9. poisson monstrueux. L’auteur entend sans doute sous cette description les vaches marines, parcequ’il parle après de l’yvoire qu’on en tire. Je ne sçai pas, si cet amphibie est plus gros que l’hippopotame du Nil. Ils sont peut-être de la même grandeur, mais avec cette différence, que l’hippopotame est un quadrupède, et la vache marine est du même genre que les veaux marins. L’yvoire ne vint pas de la mâchoire de cet animal, non plus que l’éléphant. Ce sont les dents de l’un et de l’autre. Mais ces dents sont fort différents en grandeur.

SUPP. p. 129, l. 12. cet yvoire faisoit autrefois un objet de commerce. Il le fait encore. On transporte les dents des vaches marines d’Anadirsk (car c’est aux environs du cap Tschukotski, et non à l’embouchure du fleuve Amour, qu’on les trouve) à Yakouzk, et de là à la Chine, en Perse, en Turquie. Les peuples orientaux estiment ces dents beaucoup plus que l’yvoire de l’éléphant, parce qu’il est plus dur et plus blanc. Ils en font les manches de leurs sables et poignards.

SUPP. p. 129, l. 15. on en trouve encor plusieurs morceaux enfouis dans les campagnes. On n’en trouve jamais sous terre, et dans aucun endroit que dans ceux, où on trouve les vaches marines. Les vaches marines les perdent quelques fois et les laissent sur les rivages. On tue aussi cet animal pour en avoir les dents, ou pour en tirer la graisse.

SUPP. p. 129, l. 17. c’est ce qu’on a dit de plus vraisemblable sur cet yvoire fossile. Mr. de Voltaire prétend expliquer l’origine de l’yvoire fossile de Sibérie, par les dents des vaches marines, qui selon lui ont été apportés là par le commerce. Il n’auroit pas conjecturé si à travers, s’il savoit de quoi il s’agit. J’ai déjà remarqué la différence de l’un et de l’autre. Le meilleur yvoire fossile de Sibérie se trouve entre les fleuves Sana et Indigirka, sur les côtes de la mer Glaciale. Les vaches marines n’habitent pas cette contrée, et ce n’est pas la route du commerce. D’ailleurs c’est une marchandise de prix, qu’on ne perd pas facilement en chemin. Et que dirat-on de l’yvoire fossile de Thuringe et du païs de Wurtemberg? Seroit-il venu aussi du cap Tschoukotski?

SUPP. p. 129, l. 19. Il paroit chimérique de prétendre, qu’autrefois il y a eu des éléphans en Sibérie. Si quelqu’un qui voudroit expliquer l’origine des coquilles et poissons pétrifiés, qu’on trouve sur le haut des Alpes raisonnoit de la sorte, et disoit: il paroit chimérique de prétendre, qu’autrefois il y a eu des coquilles et poissons sur ces montagnes, qu’en diroit-on? Personne n’a prétendu qu’autrefois il y a eu des éléphans en Sibérie; cependant il est incontestable, que les dents et les os de mammont, qu’on trouve en Sibérie (et ce sont les mêmes dont parle Mr. de Voltaire sous le nom d’yvoire fossile) sont des vrays dents et os d’éléphant. On a fait la comparaison des uns et des autres dans l’académie des sciences de St-Pétersbourg, où on a eu l’occasion d’anatomiser plusieurs éléphans, et on a trouvé en tout une parfaite ressemblance.