Il ne se retira point chez un prince ennemi, mais le tsar n’en avoit point alors, quelques années plutôt au lieu de se mettre sous la protection de Charles VI il se serait peut-être joint à Charles XII. Il retourna, comme Vous dites, aux pieds de son père à la première lettre qu’il reçut de lui. Quel autre parti pouvoit-il prendre? Ne nous apprenez Vous pas Vous même p. 16 que Charles VI s’étoit contenté de donner une retraite au prince et on l’avoit renvoyé, quand le tsar instruit de sa retraite l’avoit redemandé? On ne sauroit donc interpréter ce retour forcé comme une marque d’obéissance filiale à moins de se contredire.
Toutes les exhortations de Pétersbourg et son insistance mal masquée furent vaines: dans son texte manuscrit Voltaire ne céda sur aucun point.
N. 428. – On pouvait le considérer comme un jeune homme mal conseillé qui était allé à Vienne et à Naples au lieu d’aller à Copenhague. S’il n’avait fait que cette seule faute, commune à tant de jeunes gens, elle était bien pardonnable. Son père prenait Dieu à témoin que non-seulement il lui pardonnerait, mais qu’il l’aimerait plus que jamais. Alexis partit sur cette assurance; mais par l’instruction des deux envoyés qui le ramenèrent, et par la lettre même du czar, il paraît que le père exigea que le fils déclarât ceux qui l’avaient conseillé, et qu’il exécutât son serment de renoncer à la succession (575–576).
ALEX. p. 12. C’étoit un jeune homme qui étoit allé à Vienne et à Naples au lieu d’aller à Copenhague. S’il n’avoit fait que cette seule faute, commune à tant de jeunes gens, elle étoit bien pardonnable. Ce n’est pas précisément son évasion qui rend criminel, mais le motif qui l’y porta: ce sont les démarches illicites qu’il fit auprès de l’empereur pour obtenir du secour contre son père. Il avoue lui-même qu’il cherchoit à parvenir à la succession de quelque autre manière que ce fut excepté de la bonne, et qu’il vouloit l’obtenir par une assistance étrangère. Ce n’est donc plus un jeune homme échappé à la maison paternelle pour voir le monde; c’est un fils désobéissant que ni la bonté ni la rigueur ne pouvoient ramener sur le chemin de l’honneur; c’est un rebelle qui aspire au trône.
Cette fois encore Voltaire resta sourd aux sollicitations venant de Pétersbourg.
N. 429. – Il semblait difficile de concilier cette exhérédation avec l’autre serment que le czar avait fait dans sa lettre d’aimer son fils plus que jamais (576).
ALEX. p. 12. Il sembloit difficile de concilier cette exhérédation avec l’autre serment que le tsar avoit fait dans sa lettre d’aimer son fils plus que jamais. – J’en conviens, mais ne pourrait-on pas dire ici pour disculper le tsar que lorsqu’il écrivit cette lettre à son fils il ne savoit point encor à quel point il fut criminel. Il avoit juré de pardonner à un fils égaré et désobéissant, mais non pas à un fils dénaturé qui soupiroit après la mort de son père; il a donc pu très bien accorder le châtiment avec la religion et ne pas remplir son serment sans être parjure.